Phosphoric Acid, Phosphates & Fertilizers Experts

Phosphoric Acid History

Société des Produits Chimiques Coignet

COIGNET(JEAN), né le 13 mai 1855 à Lyon (Rhône), mort le 20 avril 1947 à Lyon.Sénateur du Rhône de 1920 à 1927.
Issu d'une vieille famille d'industriels lyonnais, Jean Coignet fit ses études secondaires au lycée de Lyon. Elève hors de pair, il entra à l'Ecole polytechnique en 1874 puis à l'Ecole des Mines en 1876. Il en démissionna cette même année pour prendre la direction de l'usine d'engrais de Saint-Denis, créée par son grand-père François Coignet, pour la fabrication de phosphates et de superphosphates de chaux. Il devint directeur commercial de toute la société en 1881, prit en main en 1882 l'ensemble des usines familiales de la région lyonnaise, et créa une maison de vente à Londres. Tout en continuant les anciennes productions de la société il leur adjoignit l'industrie du phosphore moulé, du phosphure et du sesquiphosphure de cuivre et de l'acide phosphorique. Il entra à la Chambre de commerce de Lyon en 1897 et en devint Président pour le rester jusqu'en 1922.
Titulaire en outre d'une licence ès sciences mathématiques, qui élargissait encore sa vaste culture, il publia un nombre considérable d'opuscules sur les problèmes intéressant le travail, l'économie politique, les intérêts de la région lyonnaise, notamment la navigation du Rhône et la gare d'eau de Perrache, les voies d'accès au tunnel du Simplon, le raccordement des voies ferrées aux voies d'eau, la construction du pont de l'université, les contrats d'apprentissage, la législation des locaux insalubres, le bimétallisme, le système des impôts, etc. On lui doit notamment une Notice historique sur l'industrie des produits chimiques à Lyon (1894), Histoire de lamaison Coignet (1900).
http://www.senat.fr/sen3Rfic/coignet_jean1150r3.html
Ainsi l'essor prodigieux de la maison Coignet qui détient actuellement les plus grosses unités françaises de la production du phosphore et de ses dérivés, est fondé sur les colles et gélatines dont les modes d'utilisation sont multiples : apprêt des tissus sans doute, mais aussi les industries du bois, la papeterie, la statuaire, la céramique, l'alimentation et, depuis l'installation des usines Lumière., les emulsions photographiques. L'industrie des colles et gélatines était pratiquée à la fin du siècle dernier par trois maisons lyonnaises et deux fabricants d'Annonay.
En 1838, J.-F. Coignet monte dans l'usine de Baraban un atelier de phosphore blanc, moins pour utiliser les os dégélatinés dont on avait déjà trouvé l'emploi, que pour l'industrie des allumettes phosphoriques qui intéresse bientôt une cinquantaine de petits artisans à la Guillotière. Il achète les brevets nécessaires pour la fabrication des allumettes suédoises au phosphore amorphe, dites « allumettes hygiéniques de sûreté ».
En 1872, l'Etat français s'en réserve le monopole, mais la maison Coignet reste son unique fournisseur de phosphore et perfectionne cette fabrication. L'acide phosphorique, les chlorures de phosphore et les phosphates spéciaux lui ouvriront d'autres débouchés dans la métallurgie (parkérisation des métaux), les matières plastiques, l'industrie textile (épuration des eaux), l'alimentation (levure chimique), la céramique, la parfumerie, l'industrie pharmaceutique, etc. La production actuelle de colles, de gélatines fines, d'engrais, de phosphore et dérivés, concentrée, surtout depuis la dernière guerre, dans les usines de la route d'Heyrieux, de Givors et d'Epierre, semble résulter d'un patient effort d'intégration industrielle et de valorisation des sous-produits dans le domaine du traitement des os, des déchets de tannerie et des phosphates minéraux.
Les applications de l'acide phosphorique se multiplient depuis quelques années: il tend à devenir un acide de base, plus cher, mais moins brutal que l'acide sulfurique qu'il concurrence dangereusement. La Sté des Produits Chimiques Coignet vient de constituer avec Progil une filiale dite Coignet-Progil qui va établir à Saint-Clair du Rhône une fabrique de dérivés et composés du phosphore. Pechiney prospecte aussi ce très vaste marché.
La Société Coignet possède une mine de phosphate médiocrement équipée à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) et une usine d'acidification des os à l'Estaque; mais l'usine de Saint-Denis, plus ancienne, semble mieux placée pour le traitement de ces importations malodorantes dont le transbordement est toujours coûteux. Deux filiales belges avec une usine sur le canal Albert, travaillent pour les marchés étrangers, l'Italie en particulier, dont les tarifs douaniers étaient préférentiels pour les produits belges à l'époque des accords dynastiques.
http://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1952_num_27_3_1109
Le cas du phosphore est une illustration frappante du coût prohibitif des transports dans certaines fabrications héritées de la houille blanche. L'avenir de ce produit se joue sur une seule usine : celle d'Epierre, en basse Maurienne, où sont employées 167 personnes 3.
La Société « Coignet, Père et Fils et Compagnie » s'était spécialisée dans le traitement des os dont elle retirait la gélatine et le phosphate dans diverses usines de la région lyonnaise, berceau de la famille, et à Saint-Denis (1855). Elle sut s'adapter à l'évolution en substituant en 1878 le phosphate minéral au phosphate d'os pour sa fabrication de phosphore, voie dans laquelle la Société Saint-Gobain l'avait précédée six ans plus tôt. En 1903, elle substitua le four électrique à l'ancien procédé pour cette même production et ferma son usine lyonnaise de Baraban pour profiter du bas prix de l'énergie hydro-électrique dans les Alpes. Sous la raison sociale de « Société des Produits Chimiques Coignet », elle installa à partir de 1914, et à la demande de la Direction des Poudres, trois usines à Pomblière, Brassilly près d'Annecy et Monterotondo en Italie. Ce n'est qu'en 1924, à l'expiration des contrats de location de force motrice qui avaient déterminé ses localisations initiales, que la Société acheta des chutes d'eau à Epierre et y concentra dans une seule usine sa fabrication de phosphore. Le souci de rester compétitif amena le Directeur général à passer contrat en 1948 avec la Monsanto Chemical Company pour la construction d'une usine plus moderne qui entra en fonctionnement en 1952; la capacité du four fut encore augmentée en 1960. A la même date cependant l'inexorable loi des concentrations industrielles, rendues plus imperatives par la naissance de la Communauté Economique Européenne, se traduisit par l'entrée de la « Société d'Exploitation des Produits Chimiques Coignet » dans le groupe Kuhlmann. Les progrès devaient se poursuivre dans ce nouveau cadre puisque la production de phosphore passa de 6 000 t en 1960 à 13 500 t en 1971, tandis que les effectifs employés tombaient de 250 à 167. Entre-temps était intervenue la fusion d'Ugine et de Kuhlmann en 1966; la fiction juridique ne tint plus devant les préoccupations d'une organisation plus rationnelle et l'usine d'Epierre n'est plus qu'un des établissements de la « Société des Usines Chimiques Ugine Kuhlmann » (S.U.C.U.K.) au même titre que les usines de La Chambre et de Prémont.
Il semblerait que les forces d'adaptation que l'on vient de voir en œuvre dans ce bref historique soient un gage de sécurité pour l'avenir. Ce serait faire fi d'un certain nombre de lois économiques qui condamnent à terme l'établissement d'Epierre.
La fabrication du phosphore comporte essentiellement deux phases : le phosphate minéral étant un sable, son traitement nécessite dans un premier temps une nodulation, c'est-à-dire une agglomération qui permet seule le traitement au four électrique : un hasard heureux fait que par la même opération est réalisée une concentration puisque la teneur en phosphate tricalcique s'élève de 68 % à 73 ou 75 % ; dans le four même, l'oxygène est fixé grâce à l'emploi de coke comme réducteur tandis que le calcium se combine avec le quartzite. Ces diverses opérations nécessitent un apport considérable de matières premières dans les proportions indiquées sur le tableau n° 1 et une débauche d'énergie électrique (13 500 kWh/t en phosphore produit) sensiblement comparable à celle qu'exige le traitement d'une tonne d'aluminium.
C'est déjà merveille qu'Epierre n'ait pas succombé à la concurrence de son seul rival de la Communauté Européenne : la Société Knapsack-Griesheim qui, outre son établissement de Knapsack près de Cologne, sur le bassin de lignite de l'Erft et en bordure du Rhin — avantages non négligeables, bien que la densité du tissu urbain lui pose quelques problèmes pour l'évacuation de son laitier — vient de profiter des facilités qui lui ont été consenties par le gouvernement néerlandais et les autorités provinciales de Zélande en installant à Flessingue trois fours d'une capacité annuelle totale de 120 000 t. Malgré le prix très favorable de l'énergie, que l'on peut évaluer à 2,8 centimes le kilowatt-heure 4, et à une forte productivité, cette Société doit encore compter avec l'usine mauriennaise du fait de la qualité exceptionnelle du phosphore produit à Epierre où, de surcroît, les investissements sont depuis longtemps amortis, tandis qu'ils représentent 20 % du prix dans une usine nouvelle, soit 500 francs sur une tonne de phosphore dont le prix de vente peut se situer autour de 2 500 francs. Autrement redoutable serait la concurrence d'Albright & Wilson, sans l'actuelle protection douanière : installée à Terre-Neuve, elle bénéficie des mêmes avantages au moins que l'usine de Flessingue; il s'y ajoute des frets particulièrement bas car les bateaux qui lui apportent le phosphate de Floride ont, avec la potasse du Québec, un précieux fret de retour.
http://www.persee.fr/doc/rga_0035-1121_1972_num_60_1_1250